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A la poursuite de ses rêves numériques…

Livres et technologie

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M’égarant sur Internet comme seul un internaute qui s’emmerde sait le faire, je suis tombé il y a quelques jours sur un blog d’un français expliquant qu’il avait fait le pas du livre numérique. Argumentant avec autant de passion que de précision que les e-books étaient l’avenir de la littérature, rétrogradant au rang de vieux réac’ les défenseurs du livre papier.

Pour résumer et probablement déformer son opinion, il s’attachait à expliquer que pendant de nombreuses années il avait cherché à se construire la bibliothèque parfaite, devant laquelle il pourrait se pavaner lorsqu’il inviterait ses amis. Ajoutant que de toute manière il ne relisait  jamais un livre qu’il avait déjà lu, ni ne rouvrait à l’occasion ces derniers et pour finir en expliquant qu’il n’y avait pas de raisons que la littérature, contrairement à l’industrie du cinéma et de la musique, ne soit pas elle aussi concernée par la dématérialisation.

Excepté la remarque concernant la dématérialisation des produits culturels – qui est tout à fait juste – sa démonstration est tout à fait remarquable tant qu’elle demeure personnelle. En effet, vouloir généraliser la quête de reconnaissance sociale simplement en raison d’une bibliothèque volumineuse relèverait d’une stupidité infâme.

Ce billet m’a donc fait réfléchir sur la question et m’a amené à comprendre mon propre rapport aux livres. Ce recul soudain sur ma façon d’apprécier un livre m’a bizarrement donné l’impression de mieux me comprendre moi-même. Bizarrement car même si j’ai pu mettre à jour un comportement spécifique, je ne peux toujours pas réellement l’expliquer – par peur aussi de tomber dans de la psychologie d’amateur.

Tout comme l’auteur du billet, je ne relis jamais un livre que j’ai déjà lu. Certains le font. Moi pas. C’est d’ailleurs sans doute le seul point commun sur lequel on se rejoins. Dans la construction de ma bibliothère il n’y a aucune recherche d’acceptation sociale derrière. Je lis les livres que je veux et que j’aime. Je me vois mal cacher des livres parce que ceux-ci sont pas suffisamment « hype »!

L’un de mes plus grands malheurs dans le domaine de la littérature est l’existence de bibliothèques municipales. Paradoxalement j’ai toujours été attiré par ces lieux où s’étalent des rayons et des rayons de livres, et pourtant je n’y mets jamais les pieds. Tout simplement parce que lorsque je lis un livre, que je l’aime ou non, je me dois de le posséder. Non pas pour étaler ma culture littéraire aux yeux de mes amis mais parce que chaque livre lu, chaque page tournée est un moment de ma vie qui lui est consacré.

Rendre un livre à la bibliothèque, accepter de ne plus le posséder, c’est pour moi considérer ces moments de lecture comme un simple divertissement, c’est vider de sens ces heures passées en compagnie de l’auteur et de ses personnages. Chez moi je peux prendre chaque bouquin et me rappeler le moment où je l’ai lu, où, comment, pourquoi. Certains livres sont à leur simple souvenir d’agréables moments passés et la vision du livre en question dans ma bibliothèque est une faible réminiscence de ce bonheur.

Ce rapport aux livres me rappele Rob Gordon (John Cusack) dans High Fidelity. Passioné de musique et grand collectionneur de vinyle, il explique durant le film la manière dont il range ses vinyls. Chacun de ses disques lui rappelle un moment de sa vie, un souvenir et par conséquent chacun  possède sa propre histoire.

Donner sa propre histoire à un livre, c’est ce qu’un lecteur peut offrir de plus beau à l’auteur.

L’idée de transporter des livres comme on transporte des mp3 sur son iPod m’attriste. Conséquence de la dématérialisation, les livres seront, un jour, comme les chansons et les films, téléchargés et piratés.

Injustement sans doute, l’idée d’un livre piraté me choque plus que celle d’une chanson ou d’un film. Peut-être suis-je déjà victime de la banalisation du téléchargement. ..

De nos jours, la création de films et de musique repose principalement sur la technologie: Caméras derniers cris, effets 3D, films d’animations, musiques électro, voix Autotuned…Que ceux-ci soit les victimes de leur propre bienfaiteur – la technologie – me parait peut-être moins choquante, allant plus de soit. Inversement, la simple utilisation de Word pour rédiger un livre ne procure pas ce sentiment d’oeuvre techno-culturelle. Enlever un ordinateur aux Daft Punk, vous les emmerderez plus que si vous enlevez Word à un écrivain!

Sans cracher sur la technologie, sans jouer mon vieux traditionnaliste, je m’inquiète des conséquences d’une dématérialisation trop importante.

Je regretterais que mes petits-enfants ne connaisse pas le plaisir de tourner de vraies pages en papier et je pleurerais d’une société qui pirate sa Littérature.

Written by Piki

17 août 2010 à 20:02

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